Lundi 19 Mars 2007
Notre pain quotidien
J'en avais parlé, je suis donc allée le voir. Ce fut une très bonne surprise.
Contrairement à beaucoup de films dénonçant la production alimentaire actuelle, Notre pain quotidien ne prend (presque) pas parti. En effet, le film se compense de séquences successives, sans aucun commentaire, alors que souvent, on accable le consommateur pour qu'il culbalise. Ici, rien de ça. Au contraire, même si l'on sait que le film condamne ces pratiques, l'absence de narrateur amène le spectateur à conduire lui-même sa réflection. Pas de "Oh, regardez le méchant tout moche avec ses dents longues comme des couteaux" mais tout simplement un panorama des chaines de production alimentaire, du poisson au poulet, en passant par le porc et les cocombres (c'est chouette les courges qui pousse à la verticale). Je pense que ce film est très utile du fait qu'il montre d'où provient ce que l'on mange. C'est une bonne chose je crois de nous le rappeller. Avec la grande distribution, on achète mais on ne sait plus (ou pas) d'où viennent les produits.
Un autre aspect intéressant de ce film est qu'il montre aussi les travailleurs. Des gens comme vous et moi, qui ont des conditions de travail vraiment lamentables. Pas des personnes sadiques qui se plaisent à torturer les animaux mais tout simplement des gens qui font un travail que de tout façon quelqu'un doit faire et qui n'en retire aucun épanouissement. On est d'ailleurs tenté de rapproché les humains des animaux dans ce film, aucuns n'a de condition plus enviable que celle de l'autre. Les humains ressemblent plus à des machines qu'à autre chose: travail à la chaîne, gestes répétitifs, regard absent,...
Au fil du film, on ne bati pas forcement une réflexion construite, ce sont plutôt diverses idées qui nous viennent, en réaction aux images: visions de démesure des exploitations, sensations d'un immense gaspillage (en fruits non récoltés, en eau, ...), réflexions sur le bio (c'est bête, mais en voyant comment les olives étaient récoltées, j'ai enfin réalisé concrètement pourquoi le bio était plus cher), mais aussi, pour moi, et c'est très étrange, une certaine fascination pour l'ingénuosité déployée par l'homme afin d'améliorer la production. On se rend compte aussi de certaines incohérences, comme cet homme qui cueille des poivrons torse-nu alors que pour traiter les plants, les employés devaient porter une combinaison de protection intégrale.
En résumé, je conseille à tous d'aller le voir. Je dirai même que c'est nécessaire, afin de remettre les choses à leur place. Je pense que ce portrait froid, déshumanisé de la production alimentaire apporte beaucoup, et amène à réfléchir, tout cela sans se sentir culbabilisé. Il responsabilise.
Dernière petite anecdote: pour moi qui est passée pas mal de temps à la campagne dans mon enfance, voir ce film a fait paradoxalement ressurgir plein de bons souvenirs: bennes remplies de grains de blés, fascination de mon frère pour les moissonneuses batteuses et autres rouballeurs, ...
Par Nil, Lundi 19 Mars 2007 à 12:23 GMT+2 dans Écolo?

.




